HUMEURS

Dictionnaire Amoureux de l’Aidant : P comme Patrimoine

Tout comme le père du narrateur, Maman n’avait pas été « préparée à cela », et en première étape, à la retraite, à la perte de son pouvoir.

« Tout le monde doit faire les choses de la même manière ; la manière dont lui les fait ». Maman aussi avait beaucoup de difficultés à envisager que d’autres points de vue puissent exister.

Dans ” C comme Civil , je capte cette déchéance sociale aussi que représente la maladie et la perte de tout ce qui peut constituer un piédestal, une stature imposante, une autorité. Je pense n’avoir jamais été aussi proche de Maman que durant sa maladie, proximité physique car je l’accompagnais très souvent dans son quotidien mais proximité affective, surtout car elle avait – de fait – baissé la garde de son autoritarisme et n’avait jamais été aussi accessible.

Identification à l’aidant que fut Philippe Roth

« Vous ne pouvez pas empêcher votre père de souffrir ; cette épreuve vous a été épargnée avec votre mère mais elle ne le sera pas avec votre père »

La mère de l’auteur a été emportée par un AVC foudroyant.

La maladie est une épreuve longue, qui modifie votre rapport au temps. Trop longue, par les étapes douloureuses et distillées de souffrance; Ressentie trop courte car elle précipite l’absence d’un être aimé, adoré, le temps d’un souffle.

Si vous lisez ce livre, vous découvrirez bien sûr ce qu’évoque « Le Patrimoine » du titre.

 J’ai pleuré à chaudes larmes devant cette révélation, si humaine, si cruelle, si évidente. Elle est monstrueuse de radicalité sur notre modeste passage sur terre.

Cette révélation fut un bouleversement total et une des choses qui me conduisit à poursuivre la tenue de mon journal, à farouchement et naïvement vouloir en faire quelque chose, à donner du sens à ce chaos.

Je suis marquée au fer rouge mais si fière de l’avoir vécue. Je m’ accroche à cela pour essayer de transmettre des notes d’optimisme, de courage, de gratitude et de joie, chaque fois que cela m’est possible. Cela peut sembler paradoxal car ainsi je fais des aller-retours incessants à ma peine mais il me semble bien que je la transcende.

Je m’interroge sur mon patrimoine, à moi et comme tout un chacun à ce que j’ai envie de laisser…. Bien sûr, mes enfants, et des choses plus évanescentes comme les liens d’amitié, la saveur d’un repas, l’allégresse d’une danse.

Je fonde beaucoup d’espoir dans la permanence des fleurs, des arbres, alors je plante, je sème, bien cerclé mais aussi au vent.

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