HUMEURS

Comment préserver son mental en temps de confinement?

puis, je me suis confinée dans le rôle d’aidant, puis dans le chagrin, puis j’ai été confinée dans la douleur morale et physique. De toute expérience douloureuse, il nous est promis des bouleversements, une nouvelle façon d’envisager sa vie, de nourrir son quotidien. Il nous est promis du mieux, sinon du bien. C’est ce que j’ai essayé d’extraire d’un chaos, tirer du positif, au moins des enseignements d’une expérience qui peut s’avérer insoutenable.

Accepter la situation

C’est sans doute, un des points les plus délicats. Mais c’est essentiel et fondateur.  

Lorsque l’on subit une situation difficile, imprévue, inédite, pour laquelle on n’a aucun repère habituel auquel se raccrocher, cela génère des questions, des angoisses, et une possible kyrielle de sentiments négatifs et exacerbés : colère, déni, énervement, irritabilité, qui alimentent eux-mêmes des situations encore plus tendues, avec son entourage (confiné) ou avec soi-même.  Alors, je sais, quand je parle d’accepter, ça peut sembler « Mantra pour les nuls » ou injonction facile, mais lorsque l’on y parvient, c’est réellement un bienfait et un apaisement.

Accepter : Bien plus facile à dire qu’à mettre en œuvre.

A un ami très grand fumeur qui essayait pour la énième fois de s’arrêter, un docteur avait dit « Vous verrez un jour, forcément vous vous arrêterez ! Autant que ce soit avant votre mort ». J’ose le parallèle, dans notre situation subie : à force de plaintes, de râleries, de colères et petits actes de rébellion (contre qui en vérité ?) contre-productifs, le constat s’impose de lui-même : on n’a pas vraiment le choix, on est contraint, de toute façon, il va bien falloir se résoudre à vivre cette situation selon les règles édictées.

On peut à ce sujet, relire les préceptes des stoïciens qui distinguent les choses qui dépendent de nous et sur lesquelles nous devons concentrer nos efforts, et d’un autre côté les choses qui ne dépendent pas de nous, contre lesquelles il est vain de lutter et que nous devons au contraire supporter et accepter, selon le principe de détachement. Mais nous y reviendrons plus tard

Alors, comment faire ?

S’il reste difficile de transiger avec la situation, on peut commencer par prendre acte de nos émotions, et accepter l’irruption même de tous ces sentiments nouveaux et vifs, ces comportements qui nous animent. Ne pas se voiler la face ni se mentir à soi-même. « Oui, j’ai beaucoup moins de patience que d’habitude ! » « Et oui, tu m’énerves, tu m’agaces » « Oui, j’en veux à la terre entière ».

Extérioriser : écrire, parler,…

Une fois cela posé, il existe plusieurs chemins menant à l’acception. Extérioriser est un outil précieux. Chacun l’utilisera à la manière qui lui correspond le mieux : crier, chanter, écrire, parler, courir, danser. Libérer le corps et la parole.

La méthode la plus « technique » ? Avoir recours à un psy . Par temps de confinement, la profession s’est mise à la téléconsultation. C’est très pratique, Doctolib, et autres plateformes médicales proposent d’assurer les rendez-vous en Visio, (sans oublier l’encaissement PayPal!) Mais ils ont aussi de plus en plus recours à des messageries grand public via Facebook ou Whats app , ou tout simplement ce bon vieil appel téléphonique pour les personnes non connectées.

En France, nous ne sommes traditionnellement pas portés sur l’aide psychologique. Cela ne fait pas partie de notre culture, contrairement aux anglo-saxons. L’enjeu est cependant de taille. Le directeur général de la Santé Jérôme Salomon a annoncé la création d’une cellule d’aide psychologique via le numéro vert 0800.130.000, afin d’aider les Français désemparés face à la menace épidémique du nouveau coronavirus et aux mesures drastiques du confinement.

Si vous n’êtes pas fan de la thérapie, je vous conseille vivement de recourir à un bavardage débridé avec votre meilleur-e ami-e (au phone bien sûr). Parler à ses ami-e-s a des vertus thérapeutiques indéniables. Au minimum, vous vous êtes reconnectés par la voix à de la bienveillance, de l’humour, de l’écoute. Et ces vertus de sororité ou de fraternité sont encore plus appréciables en temps chahuté.

Au moment où nous n’avons pas de date précise de cette sortie de déconfiture, (lapsus écrit, assumé et gardé), nous sommes un petit groupe d’amis à nous être fixés des retrouvailles le dernier week-end de juin; parenthèse qu’on essayait d’ailleurs de caler depuis longtemps! Comme quoi, on revoit l’ordre de ses priorités…. Cette perspective joyeuse est inscrite en bleu horizon dans mon agenda.

Et puis, il y a l’option du journal intime. Dans ce cas, vous parlez à votre meilleur meilleur ami : Vous ! Depuis le début de la crise, fleurissent toutes sortes d’initiatives pour tenir des journaux de confinement. Pour ma part, j’écoute le répondeur de France Inter (Le répondeur #Maviedeconfiné 01 56 40 68 68 ) et sur Instagram, je cède au plaisir régressif de celui d’Emmanuel Barré (Attention, humour noir et trash, à ne pas mettre entre toutes les oreilles, assez cynique, radical).

Depuis 4 ans, j’ai pris l’habitude d’écrire un journal intime et j’avoue que j’y trouve un précieux exutoire, un refuge.

Quand on a expulsé ses idées grises ou noires, quand on est parvenu à extérioriser ses négativités, une autre façon diamétralement opposé mais complémentaire consiste à se recentrer.

Méditer

Méditer pour s’accorder un moment, retrouver le calme, la paix intérieure.

La méditation est un rendez-vous avec soi-même, comme un cadeau précieux que l’on s’offre. Il permet de se recentrer sur l’essentiel, ses envies, ses désenvies. Bien sûr, si vous êtes novice, cela peut vous sembler difficile : se retrouver seul avec soi-même n’est pas forcément un exercice accessible. Ça nécessite un petit entrainement et un minimum de pratique pour y trouver du plaisir, un peu comme le jogging …Et puis, ça fait peut-être longtemps que vous n’avez pas eu cette opportunité.

Se retrouver seul, dans le silence, vous serez certainement assailli par un flot de pensées. Laissez-les venir ! ça fait partie du rituel. Et si vraiment, c’est trop difficile, vous trouverez sans peine des applications ou comptes proposant des méditations guidées. Depuis quelques temps, il en fleurit pas mal, plus ou moins inspirées et plus ou moins onéreuses…

Même si elle peut être sujet à critique ou raillerie de la part des médecines dites traditionnelles, il est avéré que la méditation  présente une première vertu physiologique : celle de poser sa respiration. Préalable à tout exercice, un moment “sas” pour (ré)apprendre à respirer. Sacrée pied de nez au virus qui s’attaque à nos poumons. Respirer calmement, sans se bloquer, c’est tellement bénéfique en période de stress ou de crises d’angoisses. S’il ne reste que cela, c’est déjà çà!

 Si vous parvenez à un premier lâcher prise et que vous vous découvrez des affinités avec cette pratique, vous pouvez prolonger par le Yoga, le Gi Gong, ou le Chakra Danse, qui prônent et développent l’harmonie entre corps et esprit, et donc l’équilibre intérieur.

Ne pas oublier que méditer, comme la plupart des activités qui nous font du bien, c’est prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres.

Se recentrer aussi grâce à ce qui nous fait du bien

Ca fait longtemps que vous n’avez pas dressé la liste de vos envies ? Pour ma part, cela commence toujours par un voyage, avec si possible plein de rencontres ou des retrouvailles avec des amis. Depuis ces dernière semaines, cette liste tourne dans ma tête. Elle est un peu brouillonne mais je vais me poser et la reformuler avec intention :  Y mettre plus de conscience et moins de caprices !

Mes priorités vont bien sûr aux retrouvailles avec ma famille et mes proches, mais ça, c’est le niveau non négociable, le niveau O. Quand je parle du niveau 1, celui de ce qui me ferait le plus plaisir (outre d’éliminer les kilos accumulés en confinement), ce sera toujours et encore un voyage. Bien que j’aie plusieurs destinations en tête, je vais me forcer à choisir et à me concentrer sur sa préparation :  recueillir des photos, des reportages, tracer un parcours, prévoir des rencontres artistiques, inspirantes, créatives.  

L’année suivant le décès de maman, j’ai battu mon record en terme de voyages. Je les ai enchainés et je ne pense pas que ce fut seulement une fuite en avant, je les ai chacun orchestrés avec un objectif d’incarnation personnelle : le Pérou avec mon père et mon neveu, Lisbonne avec deux très chères amies, Londres avec ma fille, Essaouira, Bristol. J’ai vu des paysages époustouflants et passé des moments inoubliables et intenses. Mais je me disais que j’avais vraiment exagéré sur mon empreinte carbone!! Voilà, je me suis fait rattraper par la patrouille. En tout cas, en ce moment, je voyage dans mon salon, j’ouvre les vieux carnets de route, je trie les photos de mon ordinateur, je prépare une sélection de celles à imprimer et garder toujours auprès de moi, pour de vrai. Petite digression , mais il n’y a pas que les voyages dans la vie…

Alors autorisez vous à dresser une folle liste non exhaustive de vos envies, ne vous censurez pas et vous verrez bien par laquelle vous allez commencer : voyager, mais aussi danser, chanter, peindre, cuisiner, jardiner, téléphoner, coudre, bricoler, lire, écrire, écouter, visionner de vieux films, succomber aux bienfaits de la sieste, revoir des dessins animés, regarder les fleurs pousser, concocter un apéritif, apprendre une langue étrangère, jouer d’un instrument, faire de la gym,pourquoi pas de la Pole dance ? …Comme c’est bon de faire des projets…

Enfin, comment se sentir utile et l’être!

Bien sûr, vous l’aurez compris, je parle de confinée à confinés. Je fais partie de cette moitié de l’humanité qui ne sort pas travailler, qui ne contribue pas opérationnellement à ce qu’elle continue à tourner bien rond .

Depuis le début de l’article, j’évoque des choses sur lesquelles nous pouvons agir, ou moins subir. Certaines peuvent sembler décalées ou futiles mais comme je l’évoquais, et comme je me le répétais souvent pendant mon expérience d’aidant, lorsque je culpabilisais, « On ne peut aider les autres que si on est soi même en forme ». Alors, partons du postulat que nous allons bien, que nous avons médité, visualisé et programmé la liste de vos envies, nous voilà fin prêts à œuvrer pour le bien être de la collectivité.

Comment faire sa part en temps de crise ?

Sans vouloir jouer les moralistes, ce n’est ni mon genre ni mon but, je pense qu’il est d’abord prioritaire de respecter les consignes #Restezchezvous, à laquelle nous injonctionne nos dirigeants et nous implore le personnel soignant. Cela me semble un minimum de respect envers leurs efforts colossaux et le travail titanesque qu’ils accomplissent jour et nuit.

Je pense que nous pouvons ensuite profiter de ce temps pour écouter notre entourage et, de fait, entendre les besoins et les attentes des uns et des autres : voisinage, personnes isolées, malades, vulnérables. La crise a mis à jour des situations cachées, banalisées et occultées par notre ancien rythme. Le temps nous est donné à partager avec ceux qui en ont le plus besoin,et être présent au vivant qui nous entoure.

Tel le colibri, l’occasion nous est donnée de faire notre part en fonction de notre situation, notre contexte de vie, nos capacités, nos aspirations. Choisissons une tâche, petite ou grande, chargeons là d’intentions et faisons de notre mieux.

Il est bien sûr aussi possible de soutenir une cause : financièrement via une association, (Fondation de France, Secours Populaire, Unicef, Un enfant par la main, …) ou en donnant de son temps auprès d’enfants de soignants, via le site En première ligne, d’aidants , de producteurs agricoles via la plateforme Desbraspourtonassiette.

Et puisqu’il y aura un après,

Enfin, pensons à l’après et conservons à l’esprit précieusement tout ce que ce bouleversement nous a inspiré, le tri que nous avons fait dans notre vie, les priorités, le beau, le triste, la conscience de la maladie et de la mort, la douleur du deuil mais aussi de la permanence de la nature, des liens qui libèrent, de la force de l’amitié, de l’apaisement du chant, des vertus des choses simples, de la joie du superflu aussi, de la nécessité du sport et de la vraie nourriture. Construisons-nous même le jour d’après, le mois d’après, notre vie idéale. Emparons-nous de la chose publique,

Ne la laissons pas aux profiteurs de guerre (dédicace particulière à la grande distribution, vers qui je garderai un regard attentif quant aux bonnes pratiques et à l’usage des bénéfices actuels), aux politiciens moralistes et égocentrés, aux opportunistes à la voix haute. Sachons garder à l’esprit mais aussi dans nos soutiens et nos gestes repensés, les personnes que nous applaudissons, que nous remercions, qui nous émeuvent, qui nous font rêver, qui nous parlent au cœur, soignants inconnus ou amis chéris . Construisons un « Après » idéaliste mais concret.

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